Camerounaise, et fièrement debout
A l’occasion de la fête nationale du Cameroun qui se célèbre chaque 20 mai, l’association des blogueurs du Cameroun (ABC) a décidé de mener une campagne sur les multiples raisons qui peuvent rendre les uns et les autres fiers. Dans cet élan, je te propose ce billet, où se mêle expérience personnelle et réussite d’un compatriote…
Il y a des moments où l’on se sent pleinement soi. Des instants où le parcours, les combats, les blessures et les rêves s’alignent pour faire sens. Que ce soit sur le plan personnel, professionnel, amical ou familial, ces moment là sont uniques.
Mon expérience personnelle
En juin 2024, sur cette terre de Praia, au Cap-Vert, j’ai ressenti cela. Un moment suspendu où, devant des centaines de regards attentifs, j’ai prononcé ces mots : « Je suis blogueuse primée, fact-checkeuse, reporter multimédia, formatrice en Éducation aux Médias et à l’Information, présidente de l’association Class Pro, et activiste EMI-Climat ». Mais au fond, ce que je disais sans le dire, c’est : « Je suis Camerounaise. » C’est cette identité-là que je portais dans chaque mot, chaque geste. J’étais là, au premier dîner des premières assises africaines de la démocratie, pas seulement en mon nom, mais au nom de tout un pays. Et j’étais fière. Fière parce que nous étions 5 jeunes Camerounais parmi les 15 sélectionnés sur tout le continent.

Fière parce que, dans cette salle, le Cameroun avait une voix. Et cette voix, c’était aussi la mienne.J’ai parlé de Class Pro, de notre engagement à éduquer aux médias et à l’information, à déconstruire les fausses nouvelles, à outiller les jeunes pour qu’ils soient à la fois critiques et citoyens. J’ai senti les regards s’illuminer, j’ai vu l’intérêt naître. Et je me suis souvenue pourquoi je me bats depuis toutes ces années. Pourquoi j’ai choisi la voie parfois rude de l’engagement, du terrain, de l’impact.
Être Camerounaise, pour moi, ce n’est pas seulement une nationalité. C’est une responsabilité. Celle de tenir bon, même quand les routes sont sinueuses. Celle de parler vrai, même quand la vérité dérange. Celle de représenter, de témoigner, d’élever la voix pour ceux qu’on n’écoute pas. Ce soir-là, habillée de mes rêves et de ma détermination, j’étais debout. Et je portais bien plus qu’un discours. Je portais les espoirs d’une jeunesse qui refuse le silence, qui choisit la paix, la démocratie, la justice sociale.
Oui, je suis Camerounaise. Et chaque jour, je le deviens un peu plus…
La réussite d’un compatriote
Tu sais, il y a des jours où le cœur déborde. Des jours où le simple fait de dire « Je suis Camerounaise » me donne la chair de poule. Ce n’est pas une formule patriotique lancée pour la galerie. C’est une émotion ancrée, un frisson profond, un héritage porté avec l’âme. Je me souviens du soir où j’ai regardé Francis Ngannou entrer dans l’octogone. Ce n’était pas seulement un combat d’hommes, c’était un combat d’histoires, de résilience, de rêves d’enfant portés à bout de bras. Il ne portait pas que ses gants et ses muscles — il portait un pays, un peuple, une promesse : celle que même le gamin sans rien, venu de Batié, pouvait se dresser devant le monde et le faire plier.

Quand il a été couronné champion du monde des poids lourds, j’ai pleuré. Oui, j’ai pleuré. Non pas seulement parce qu’il avait gagné. Mais parce que, dans sa victoire, j’ai vu la mienne, celle de tant de Camerounais et Camerounaises que l’on dit « trop pauvres », « pas assez instruits », « nés au mauvais endroit ». Il leur a répondu avec des poings, mais surtout avec une dignité immense. Francis Ngannou, c’est le fils de ce sol rouge, de cette terre rude et belle qui m’a vue naître aussi. Il est la preuve que nos racines, si profondes soient-elles dans la misère, peuvent enfanter des géants. Il est la gifle douce à tous ceux qui doutent encore de nous. Moi aussi, je viens de ce pays où l’on apprend tôt à se battre, à croire, à espérer malgré tout.
Être Camerounaise, c’est grandir entre les proverbes et les défis, c’est savoir danser sous la pluie et rire entre deux galères. C’est avoir le cœur forgé par la débrouille, mais l’âme habitée d’un feu qu’aucune tempête ne peut éteindre. Quand j’écoute les gens dire « Le Cameroun est foutu », je me rappelle Ngannou. Quand je doute, je pense à son regard, calme et implacable, avant le coup final. Il nous a montré que tout est possible. Que même quand on nous refuse les portes, on peut les défoncer.
Je suis Camerounaise. Et dans mes veines coule ce courage brut, ce feu lent, ce rythme indomptable qui fait de nous un peuple debout, même à genoux.
Oui, je suis fière. Fière d’être de cette terre. Fière comme une sœur qui regarde son frère devenir roi.
Oui, je suis Camerounaise, et fièrement debout. 😌
Et toi alors, qu’est-ce qui te rend fier.e de porter ta nationalité ?
Avec tout mon patriotisme, Badal.