Badal Fohmoh

Lettre à Mondoblog

Cher Mondoblog,

Je t’écris les yeux embués. Pas pour publier un article. Pas pour répondre à un commentaire. Pas pour une sollicitation. Mais pour te dire ce mot que je n’arrive toujours pas à accepter : au revoir.

J’ai repoussé ce moment depuis l’annonce. J’espérais un sursis, une issue, un miracle. Mais il faut me rendre à l’évidence : on va se quitter. Et je ne suis pas prête. Je ne le serai sans doute jamais.

Je me souviens de ce 12 mai où j’étais tellement contente de partager ma sélection avec mes amis sur les réseaux sociaux. 4 jours après mon 26e anniversaire… Et là, j’ai mal. La nostalgie est là.

Quelle sensation de relire ce mail. C: Mondoblog

Tu n’es pas qu’une plateforme. Tu es un refuge, une école, un tremplin, une famille.Tu m’as accueillie quand je ne savais pas encore que ma plume pouvait compter. Tu m’as révélé au monde, à moi-même. C’est chez toi que j’ai trouvé ma voix. C’est avec toi que je me suis tenue debout. Tu m’as appris à écrire pour dire, mais aussi pour faire, pour réveiller, pour questionner. Tu m’as donné des lecteurs, des repères, des critiques aussi, justes et exigeantes. Grâce à toi, j’ai été primée plusieurs fois, j’ai rencontré des plumes du monde entier, j’ai grandi.

Te souviens-tu de ce portrait ? C: Mondoblog

Et aujourd’hui, alors que je finalise mon premier livre, un livre profondément nourri de toi, un livre qui parle de blogging, d’engagement, d’écriture en résistance, je réalise avec douleur que je ne pourrai même pas le présenter sur tes pages. Tu n’y seras pas, alors que certains chapitres te sont entièrement dédiés.

Et rien que ça… ça me brise.

Je n’ai même pas le cœur à chercher un éditeur actuellement. Je n’ai pas la force d’y croire, sans toi en toile de fond. Je suis vide. Je suis triste. Et j’ai perdu les mots. Ces mots que tu m’a appris à dompter.

En vérité, je n’ai pas encore intégré que tout ça s’arrêtera bientôt. J’écris cette lettre comme on retient un souffle, comme on cherche un dernier regard avant le départ.

J’ai mal. J’ai la gorge nouée. Et mes larmes glissent, silencieuses, entre mes phrases.

Mais je veux quand même te dire merci.

Merci pour chaque relecture, chaque échange, chaque camaraderie à distance. Merci pour les nuits blanches, les idées, les orientations, les invitations, les découvertes, les passions partagées. Merci à toute l’equipe. Merci à Inès Emprin, à Severine Peyron, à Tanguy Lacroix, à Camille Deloche et à tous les autres. Merci. Merci à tous les blogueurs et blogueuses de la communauté. Merci pour vos billets. Merci pour m’avoir montré que ma voix valait quelque chose, que je pouvais écrire le monde à ma manière, sans permission.

Ma fierté restera. C: Badal FOHMOH

Je garde de toi la rigueur, l’audace, la flamme, la diversité, l’inclusion… Et je promets de continuer à écrire. Pour les femmes, les enfants, les silences à combler, les causes oubliées. Pour tous ceux qui, un jour, auront besoin d’un espace pour s’élever à leur tour. N’oublie pas de faire un tour prochainement, dans mon nouveau refuge. Un blog qui portera toujours mon nom, même s’il quittera de .org à.com…

Tu t’éteins peut-être, mais tu m’as allumée. Et ça, rien ni personne ne pourra l’éteindre.

Merci pour ce souvenir. C: Camille Deloche

Avec tendresse et douleur,

Badal Fohmoh

Blogueuse. Debout. Pour toujours.


Financer l’Afrique que nous voulons : carnet de bord d’un atelier stratégique à Douala

Du 17 au 21 juin 2025, j’ai assisté à un atelier à Douala qui, sous ses airs techniques, portait en creux une ambition immense : celle de faire de la finance un moteur de souveraineté économique pour les PME camerounaises, dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF)

Ayant reçu l’invitation la veille, j’y suis allée et j’étais à l’heure. C’était bien plus qu’un simple séminaire. C’était une tentative concrète de réconcilier l’Afrique avec elle-même. Une volonté affirmée de construire une économie qui ne se contente plus de subir les chocs (sanitaires, climatiques, géopolitiques), mais qui anticipe, innove et s’étend au-delà des frontières.Une résilience pensée pour les PME.

Depuis la pandémie de COVID-19, une évidence s’est imposée : notre économie doit apprendre à se relever, vite et mieux. Le gouvernement du Cameroun, avec l’appui du PNUD et de la BADEA, a donc lancé le projet ONSP-CMRP. L’enjeu ? Renforcer la compétitivité des entreprises locales, surtout les PME, et leur donner accès à des financements adaptés, en particulier pour les jeunes et les femmes entrepreneures.L’atelier de Douala s’inscrivait dans le cadre du quatrième axe de ce projet : faciliter l’accès des PME aux produits et services financiers innovants. Et c’est là que tout s’est joué.

C: Badal FOHMOH

Un cadre continental, une volonté locale

Depuis 2019, le Cameroun a élaboré une stratégie nationale pour mettre en œuvre la ZLECAF. Le rêve est beau : un marché unique africain où les biens, les services et les idées circulent librement. Mais dans la réalité, tout repose sur un mot-clé : l’accompagnement. Derrière les sigles et les réformes, il y a des institutions financières qui doivent comprendre, s’adapter et oser. Comprendre les nouvelles normes, s’adapter aux besoins d’un commerce transfrontalier, oser créer des produits financiers sur mesure. Ce n’est pas une mince affaire. L’atelier visait précisément cela : permettre à ces institutions, banques, microfinances, assurances de se préparer à jouer pleinement leur rôle.

Ce que j’ai vu, ce que j’ai ressenti

Durant ces heures, entre les interventions d’experts, les cas pratiques et les panels croisés, quelque chose s’est passé. Un frémissement, des certitudes qui vacillent, des idées qui émergent. J’ai vu des acteurs du secteur financier poser des questions sincères : « Comment intégrer les femmes commerçantes du marché central dans la dynamique ZLECAF ? », « Que manque-t-il à nos produits pour qu’ils franchissent les frontières ? ». J’ai entendu des mots que l’on n’associe pas toujours à la finance : inclusion, proximité, souveraineté. Et j’ai aussi compris que cette transition ne se fera pas sans pédagogie, sans formation, sans dialogue. Car l’intégration économique de l’Afrique n’est pas qu’un enjeu de macroéconomie, c’est une affaire de volontés locales, de PME rurales, de douaniers éclairés, de responsables de crédits réactifs.

Une finance qui n’exclut pas

Ce que l’atelier a semé, c’est l’idée que la finance peut être un levier d’émancipation. Que les certificats d’origine, les normes africaines, les produits d’assurance régionaux ne sont pas que des obligations, mais des opportunités. Que nos institutions peuvent inventer des outils adaptés aux réalités africaines, aux rythmes des petits producteurs, aux rêves des jeunes entrepreneurs. Et si la ZLECAF devenait cela : un espace où les marges trouvent leur place, où les voix locales nourrissent la grande partition économique du continent ?

Des résultats à suivre, des actions à prolonger

L’atelier a permis aux participants de s’approprier les défis de la stratégie nationale sur la ZLECAF, d’identifier des produits financiers mieux adaptés au commerce intra-africain, de dresser une ébauche de feuilles de route concrètes pour l’intégration régionale, et de formuler des recommandations pour une offre financière plus inclusive. Mais il ne faut pas s’arrêter là. Ce travail doit vivre dans les comités de crédit, dans les bureaux de financement, dans les conseils d’administration des banques. Il doit nourrir les politiques publiques et les pratiques privées.

C: Badal FOHMOH

Et maintenant ? Je suis repartie de cet atelier convaincue d’une chose : l’Afrique peut écrire ses propres règles du jeu économique. Mais pour cela, elle a besoin de confiance. Et cette confiance se bâtit, séance après séance, décision après décision. Ce que j’ai compris, ce n’était pas qu’un moment d’apprentissage. C’était un rappel., un appel. Celui de toute une génération d’acteurs économiques, financiers, sociaux, qui veulent croire que financer l’Afrique, ce n’est pas la brider, mais la libérer.

Qu’en penses-tu ?

Avec toute ma motivation, Badal.


Cinémathèque Afrique au Cameroun : à la reconquête des publics du cinéma

J’ai pris part hier, 10 juin 2025, à une conférence de presse tenue à l’institut français du cameroun (Douala), sur le thème: sauvegarde de l’héritage cinématographique africain : enjeux et perspectives de restauration, d’archivage et de valorisation des films

J’ai été invitée à représenter l’association des blogueurs du Cameroun (ABC) à cette conference. Toujours ponctuelle, j’avais hâte de vivre ce moment d’échange passionnant.

En parcourant le dossier de presse, j’ai ete très émue de constater que la magie du grand écran s’invite sous les étoiles au Cameroun. Du 10 au 14 juin 2025, la Cinémathèque Afrique s’installe dans plusieurs villes du pays à travers des projections en plein air, des échanges, des débats et des hommages à la richesse du cinéma africain. Soutenue par l’Institut français du Cameroun (IFC) en partenariat avec le Cinéma Numérique Ambulant (CNA), ce programme inédit entend raviver la flamme du 7e art en allant à la rencontre des publics et en valorisant les patrimoines filmés du continent.

Un projet pour créer (ou recréer) un public du cinéma

Dans son mot d’introduction, la direction de l’Institut français du Cameroun, représentée par sa responsable nationale des partenariats, Paloma Tchummegni, a insisté sur l’ambition de redonner au cinéma toute sa place dans l’espace public et dans les imaginaires. Grâce à une programmation itinérante et accessible, l’objectif est clair : « former une culture de spectateurs », notamment chez les jeunes, susciter des vocations, renforcer la mise en réseau des professionnel·les du secteur, et créer une dynamique durable autour du cinéma camerounais et africain.

Le cinéma, un art pour tous

Stéphanie Dongmo, présidente du CNA, a présenté la démarche inclusive du projet :

« Ce programme s’adresse aux populations locales. Nous travaillons en étroite collaboration avec les autorités administratives, traditionnelles, associations de jeunes, groupes de femmes… pour une appropriation locale du projet. »

Stéphanie Dongmo, présidente du CNA,

En tant que cheville ouvrière du projet, elle a souligné l’importance du plein air comme espace démocratique :

“Même si une séance en salle est gratuite, elle reste entre quatre murs. En plein air, tout le monde peut s’arrêter, s’asseoir, regarder, découvrir.”

Stéphanie Dongmo, présidente du CNA

Chaque soirée comprend la projection de deux ou trois films, suivie d’un débat animé par des professionnel·les du cinéma et de la culture, autour de thèmes comme tradition et modernité, les rêves de la jeunesse africaine, l’amour et les classes sociales, ou encore les enjeux de l’animation africaine.

Stéphanie Dongmo, présidente du CNA. C: Badal Fohmoh

Une tournée cinématographique au goût de patrimoine

Dibombari, Douala, Krib : chaque étape de la tournée présente des œuvres majeures issues du catalogue de la Cinémathèque Afrique. Parmi elles : Ballet poussière d’Henri Duparc, Ballon d’Or de Cheick Doukouré, La Vie est belle de Mwezé Ngangura et Benoît Lamy, ou encore Turbulences de Daniel Kamwa. Ces films emblématiques dialoguent avec le présent et les aspirations des publics d’aujourd’hui, dans une atmosphère festive et conviviale.

C’est bien du cinéma de proximité, en plein air et pour tous… Les séances se déroulent en soirée, dès 17h, avec un objectif clair : rendre le cinéma accessible à toutes et tous, y compris à celles et ceux qui n’oseraient pas franchir les portes d’une salle, même gratuite.

Durant chaque étape, deux à trois films sont proposés par soirée, offrant ainsi aux spectateurs une expérience immersive dans la richesse du cinéma africain : longs métrages, documentaires et films d’animation issus du catalogue de la Cinémathèque Afrique.

Une programmation cinéphile et réflexive

Le programme s’étale sur plusieurs jours : hier mardi à Dibombari : il y a eu projection du film culte Bal poussière de Henri Duparc. Aujourd’hui à Douala (quartier Village, lieu-dit Boko plage) : Le Ballon d’or de Cheik Doukouré, une œuvre sur les rêves de jeunesse. Jeudi à Kribi (quartier Afanabé) : La vie est belle de Mwezé Ngangura avec Papa Wemba. Vendredi à la plage de Kribi : Turbulences de Daniel Kamwa, soirée dédiée au cinéma d’animation.

Chaque projection est suivie d’un débat animé par des professionnels issus du cinéma, de la culture ou de la critique. Les organisateurs insistent sur l’importance de la présence des pouvoirs publics dans ces échanges.

C: Badal Fohmoh

Enfin, ce qui m’a bien plu c’est qu’une voix du public a interpellé les autorités sur l’absence de politique structurée du cinéma au Cameroun, dénonçant une impression de navigation à vue, malgré les efforts isolés d’acteurs privés. Une invitation à plus de coordination, de vision et de soutien étatique pour bâtir une véritable industrie cinématographique.

C’est donc une réelle dynamique inclusive et participative car le projet se veut profondément ancré dans les territoires, avec une démarche d’appropriation par les communautés locales : autorités traditionnelles, associations de jeunes, groupes de femmes… Le cinéma devient ici un vecteur de lien social et de dialogue…. Car l’avenir du cinéma africain se joue aussi dans sa capacité à structurer un écosystème où publics, créateurs, pouvoirs publics et partenaires avancent ensemble.

Intervenants du jour. C: CNA (avec leur consentement)

La Cinémathèque Afrique au Cameroun est plus qu’une tournée de projections : c’est une déclaration d’amour au cinéma africain, à ses mémoires, à ses talents, à ses publics. Un voyage à la fois nostalgique et prospectif, où chaque image projetée devient une invitation à rêver, à penser, à se réapproprier le patrimoine culturel du continent… Et une belle promesse pour le cinéma africain.

On se reparle bientôt, Badal.


Camerounaise, et fièrement debout

A l’occasion de la fête nationale du Cameroun qui se célèbre chaque 20 mai, l’association des blogueurs du Cameroun (ABC) a décidé de mener une campagne sur les multiples raisons qui peuvent rendre les uns et les autres fiers. Dans cet élan, je te propose ce billet, où se mêle expérience personnelle et réussite d’un compatriote

Il y a des moments où l’on se sent pleinement soi. Des instants où le parcours, les combats, les blessures et les rêves s’alignent pour faire sens. Que ce soit sur le plan personnel, professionnel, amical ou familial, ces moment là sont uniques.

Mon expérience personnelle

En juin 2024, sur cette terre de Praia, au Cap-Vert, j’ai ressenti cela. Un moment suspendu où, devant des centaines de regards attentifs, j’ai prononcé ces mots : « Je suis blogueuse primée, fact-checkeuse, reporter multimédia, formatrice en Éducation aux Médias et à l’Information, présidente de l’association Class Pro, et activiste EMI-Climat ». Mais au fond, ce que je disais sans le dire, c’est : « Je suis Camerounaise. » C’est cette identité-là que je portais dans chaque mot, chaque geste. J’étais là, au premier dîner des premières assises africaines de la démocratie, pas seulement en mon nom, mais au nom de tout un pays. Et j’étais fière. Fière parce que nous étions 5 jeunes Camerounais parmi les 15 sélectionnés sur tout le continent.

C: Fondation de l’innovation pour la démocratie (avec son consentement)

Fière parce que, dans cette salle, le Cameroun avait une voix. Et cette voix, c’était aussi la mienne.J’ai parlé de Class Pro, de notre engagement à éduquer aux médias et à l’information, à déconstruire les fausses nouvelles, à outiller les jeunes pour qu’ils soient à la fois critiques et citoyens. J’ai senti les regards s’illuminer, j’ai vu l’intérêt naître. Et je me suis souvenue pourquoi je me bats depuis toutes ces années. Pourquoi j’ai choisi la voie parfois rude de l’engagement, du terrain, de l’impact.

Être Camerounaise, pour moi, ce n’est pas seulement une nationalité. C’est une responsabilité. Celle de tenir bon, même quand les routes sont sinueuses. Celle de parler vrai, même quand la vérité dérange. Celle de représenter, de témoigner, d’élever la voix pour ceux qu’on n’écoute pas. Ce soir-là, habillée de mes rêves et de ma détermination, j’étais debout. Et je portais bien plus qu’un discours. Je portais les espoirs d’une jeunesse qui refuse le silence, qui choisit la paix, la démocratie, la justice sociale.

Oui, je suis Camerounaise. Et chaque jour, je le deviens un peu plus…

La réussite d’un compatriote

Tu sais, il y a des jours où le cœur déborde. Des jours où le simple fait de dire « Je suis Camerounaise » me donne la chair de poule. Ce n’est pas une formule patriotique lancée pour la galerie. C’est une émotion ancrée, un frisson profond, un héritage porté avec l’âme. Je me souviens du soir où j’ai regardé Francis Ngannou entrer dans l’octogone. Ce n’était pas seulement un combat d’hommes, c’était un combat d’histoires, de résilience, de rêves d’enfant portés à bout de bras. Il ne portait pas que ses gants et ses muscles — il portait un pays, un peuple, une promesse : celle que même le gamin sans rien, venu de Batié, pouvait se dresser devant le monde et le faire plier.

Francis Ngannou.  C X2o via Wikicommons

Quand il a été couronné champion du monde des poids lourds, j’ai pleuré. Oui, j’ai pleuré. Non pas seulement parce qu’il avait gagné. Mais parce que, dans sa victoire, j’ai vu la mienne, celle de tant de Camerounais et Camerounaises que l’on dit « trop pauvres », « pas assez instruits », « nés au mauvais endroit ». Il leur a répondu avec des poings, mais surtout avec une dignité immense. Francis Ngannou, c’est le fils de ce sol rouge, de cette terre rude et belle qui m’a vue naître aussi. Il est la preuve que nos racines, si profondes soient-elles dans la misère, peuvent enfanter des géants. Il est la gifle douce à tous ceux qui doutent encore de nous. Moi aussi, je viens de ce pays où l’on apprend tôt à se battre, à croire, à espérer malgré tout.

Être Camerounaise, c’est grandir entre les proverbes et les défis, c’est savoir danser sous la pluie et rire entre deux galères. C’est avoir le cœur forgé par la débrouille, mais l’âme habitée d’un feu qu’aucune tempête ne peut éteindre. Quand j’écoute les gens dire « Le Cameroun est foutu », je me rappelle Ngannou. Quand je doute, je pense à son regard, calme et implacable, avant le coup final. Il nous a montré que tout est possible. Que même quand on nous refuse les portes, on peut les défoncer.

Je suis Camerounaise. Et dans mes veines coule ce courage brut, ce feu lent, ce rythme indomptable qui fait de nous un peuple debout, même à genoux.

Oui, je suis fière. Fière d’être de cette terre. Fière comme une sœur qui regarde son frère devenir roi.

Oui, je suis Camerounaise, et fièrement debout. 😌

Et toi alors, qu’est-ce qui te rend fier.e de porter ta nationalité ?

Avec tout mon patriotisme, Badal.


Afowiri Kizito Fondzenyuy : courir pour ceux qui n’ont pas de voix

Il y a quelques semaines, j’ai fait une belle découverte très impressionnante. Et ce soir, je la partage avec toi…

J’espère que tu apprécieras ma decouverte. Que tu aimeras chaque mot de ce billet de blog. Comme mentionné plus tôt, il y a pratiquement deux semaines, j’ai été contactée par une aînée pour prendre part à une conférence virtuelle. Celle d’un marathonien. A ma grande surprise, il ne portait ni culotte ni maillot sur les photos disponibles dans le press-book qui m’a été envoyé : mais plutôt un boubou. Et pas n’importe lequel… le toghu.

Afowiri, arborant toutes ses médailles sur son somptueux boubou en Toghu. Crédit : Afowiri (avec son consentement)

Sport et identité : l’exemple d’Afowiri

En parcourant le press-book en question, la phrase « Ne dis jamais que quelque chose n’existe pas parce que tu n’as pas encore vu » a pris tout son sens. Je croyais vraiment avoir tout vu, jusqu’à ce que je prenne part à cette conference. Et je constate qu’on peut faire du marathon, élégamment vêtu. J’ai été impressionnée. 😅

Allant dans ce sens, j’ai remarqué qu’il y a dans la foulée d’Afowiri Kizito Fondzenyuy, quelque chose de plus profond qu’un simple amour du sport. À chaque pas, à chaque souffle, il porte bien plus qu’un dossard. Il porte une histoire, une identité, une promesse. Celle de ne jamais oublier d’où il vient.

En prenant la parole, il affirmait avec fierté son identité culturelle, rappelant que l’on peut représenter son pays, son peuple et ses racines avec dignité, même sur les plus grandes scènes du monde. Le Toghu, porté dans un contexte aussi exigeant que le marathon, devient un symbole de résilience, de force intérieure et de mémoire collective.

Et puis, explicitement, il dit au monde : « Je suis Camerounais, Africain, et ma culture a toute sa place ici. » Mais il dit aussi à ceux qui viennent de communautés oubliées : « Tu n’as pas besoin d’effacer qui tu es pour réussir. »

En portant ce vêtement, il transforme chaque course en acte de plaidoyer culturel, en rappel vibrant que nos traditions ne sont pas un frein au progrès, mais une source de puissance, d’inspiration et de sens. J’ai trop adoré. 🥰

D’où vient ce marothonien ?

Originaire du Nord-Ouest du Cameroun, Afowiri ne s’est jamais éloigné de ses racines. Sur chaque ligne de départ, qu’il soit à Tokyo, à Boston ou en Antarctique, il porte fièrement le Toghu, ce tissu royal qui parle de force, d’honneur et de mémoire. Ce n’est pas qu’un vêtement. C’est un rappel. Une manière de dire : je suis là, pour moi, pour les miens, pour tous ceux qu’on ne voit pas.

Né un 26 décembre 1972, il aurait pu suivre bien des chemins. Il a choisi celui du service. Celui des causes qui comptent. En fondant Amom, une organisation qui tend la main aux enfants vulnérables, il a transformé sa vision en action. Plus de 20 000 enfants ont aujourd’hui accès à une éducation et à des soins grâce à cette initiative. Parce qu’il croit, profondément, que chaque enfant mérite une chance. Mais c’est en courant que son message résonne encore plus fort. 19 marathons sur 6 continents. 19 occasions de raconter une autre histoire de l’Afrique.

Ses récompenses

En 2024, à Tokyo, il entre dans le livre Guinness avec un record : celui du marathon le plus rapide couru en Toghu. Une fierté. Mais surtout, une victoire pour la culture qu’il représente. Puis, le 28 mars 2025, il pose les pieds sur la glace de l’Antarctique. Là, dans le silence blanc et le froid mordant, il court encore. 6 heures, 52 minutes, 47 secondes de lutte contre les éléments, mais surtout contre l’indifférence. Car au bout de cette course, il y a un rêve : construire une école inclusive au Cameroun pour les enfants autistes et ceux ayant des besoins particuliers.

Afowiri après sa course en Antarctique. Crédit : Afowiri (avec son consentement)

Afowiri ne court pas pour les médailles. Il court pour faire bouger les lignes. Pour sensibiliser. Pour bâtir. Pour inspirer. Il a reçu des récompenses, c’est vrai. Il a été salué par les institutions, reconnu par les plus grandes courses du monde. Mais sa plus belle victoire, il la voit dans les yeux des enfants qu’il soutient, dans les sourires qu’il redonne, dans les ponts qu’il construit entre sport, culture et espoir. Et ça, c’est MA-GNI-FIQUE.

J’ai énormément apprécié ce moment passé à ses côtés, même si c’était à travers un ecran. Car, Afowiri Kizito Fondzenyuy ne s’arrête pas. Parce que pour lui, courir, c’est aimer. C’est résister. C’est changer le monde, un pas à la fois.

Alors, satisfait de ma nouvelle découverte ? Dis-le-moi en commentaire…

Avec toute ma joie, Badal.


Mon regard sur la désinformation au Cameroun

Nous sommes en mai. C’est le mois du travail. Étant native de ce mois, je suis donc une travailleuse, 😅 et pas des moindres. En tant que blogueuse fact-checkeuse, le travail double, voire triple…

Sais-tu pourquoi ? Simplement parce que les fausses nouvelles se propagent plus vite qu’une réussite. Encore plus à quelques mois des élections. Et derrière tous ces écrans, se trouvent des vérités piégées… Bref, dans ce nouveau billet, je partage avec toi ce que m’a appris ma participation au webinaire sur la désinformation dans mon pays, le Cameroun.

Tu sais, il y a des invitations qui ne laissent pas indifférente. En tant que membre active et prolifique de l’Association des Blogueurs du Cameroun, et faisant partie de la commission fact-cheking, nous avons entrepris sous la coordination de Donald Tchiengue, de mettre sur pied une plateforme qui nous est propre. Et sur laquelle nous travaillerons à lutter contre la désinformation et les discours de haine. Pour la première activité, j’ai été conviée à intervenir, vendredi dernier, lors du webinaire sur le thème: « Panorama sur les stratégies de désinformation en cours au Cameroun : un jeu politique à risque ».

À l’annonce de l’activité, nous étions censés proposer des intervenants. 😅 Tu sais pourquoi je ris ? Justement parce que je me rappelle que j’avais suggéré des gens, sauf moi-même. 😂 Heureusement, Salomon Garaobe a insisté sur le fait que je devrais y prendre part. Tout le monde suit mon actualité et voit mes actions avec mon association Class Pro… J’ai donc été officiellement invitée.

C: Association des blogueurs du Cameroun (Avec son consentement)

En l’acceptant, je savais que ce ne serait pas une simple conversation. Mais, une plongée en eaux troubles. Et j’y suis allée, le cœur lucide et la parole prête.

Un webinaire sur la désinformation avec des spécialistes

J’y ai pris aux côtés d’autres passionnés de vérité: fact-checkers, des veilleurs, des visages familiers dans nos cercles d’engagement. Des voix souvent discrètes mais puissantes qui scrutent, analysent, et remettent en question. Des personnes que j’admire pour leur rigueur, leur vigilance et leur calme face à l’agitation numérique. Ensemble, nous avons tenté de poser des mots clairs sur un phénomène qui ne l’est pas: la désinformation. Nous avons tour à tour essayer de mettre en lumière ce qui, souvent, reste tapi dans l’ombre: les mécanismes de la désinformation orchestrée.

Ce soir-là, il ne s’agissait pas seulement de constater. Il était question de comprendre. Et de transmettre. Nous avons également parcouru les acteurs, les objectifs et les conséquences de cette désinformation volontaire. Nos rôles de fact-checkers, professionnels de l’information, blogueurs, créateurs de contenu ont été revu. Et l’éducation aux médias et à l’information a été proposée comme alternative sûre pour renforcer cette lutte et aiguiser les esprits.

Mon avis après cette discussion

Ce qui m’a marquée pendant ce moment d’échange, c’est à quel point les fausses nouvelles ont tissé leur toile dans notre quotidien. Ce n’est plus seulement une affaire d’erreurs ou de négligence. Non. Au Cameroun, comme ailleurs, la désinformation devient parfois un outil politique, un levier de manipulation, une arme silencieuse qui divise, radicalise, affaiblit. En écoutant les autres intervenants – chacun avec son vécu, ses enquêtes, ses indignations – j’ai repensé à toutes ces fois où, en tant que blogueuse, j’ai dû faire pause. Revenir aux sources. Croiser les faits. Interroger mes certitudes. Car être blogueuse aujourd’hui, ce n’est pas simplement publier : c’est résister à l’embellissement, au raccourci, à l’emballement.

Ce webinaire m’a rappelée à mon engagement. Celui d’écrire en conscience, de ne pas céder à la facilité du buzz, de toujours vérifier avant de diffuser. Mais aussi, de partager ce savoir, de transmettre des outils de lecture critique à celles et ceux qui me lisent. Car au fond, ce n’est pas juste une affaire des fact-checkers, chaque citoyen peut devenir gardien de la vérité.

Ce que nous avons partagé, ce n’est pas un savoir théorique, encore moins des vérités figées. C’est un constat, un vécu, fait d’heures passées à démêler les fils embrouillés, à recouper des sources, à remettre en question des narratifs séduisants mais trompeurs. Nous avons parlé des fausses images, des vidéos sorties de leur contexte, des titres sensationnels… Mais surtout, nous avons souligné le plus dangereux : quand la désinformation devient une stratégie politique délibérée, un levier pour polariser, détourner, fragiliser.

Aussi, parler de tout cela, dans cet espace d’écoute, de réflexion et de partage, nous a fait du bien. À moi surtout, cela m’a fait beaucoup de bien. C’était comme si, pour un instant, nos fatigues numériques trouvaient un écho, une reconnaissance. Parce que oui, fact-checker, c’est souvent solitaire, ingrat, invisible. Mais c’est essentiel. Intervenir lors de ce webinaire m’a surtout rappelé pourquoi je me bats pour une éducation critique aux médias. Parce que face aux discours biaisés, à l’infox présente, il nous faut former des esprits qui questionnent, qui doutent, qui cherchent. Et ça commence dès maintenant, par des partages, sur nos timelines, dans nos maisons, notre entourage, notre communauté…

Je suis ressortie de cette discussion encore inquiète – tant le terrain est glissant – mais aussi avec une conviction renforcée : ce combat-là est collectif. Et il se gagne à plusieurs, en tissant des réseaux de vigilance, de partage, de lucidité. Ce n’est pas toujours glorieux. Mais c’est, je crois, profondément utile. Parce qu’ensemble, avec d’autres voix, d’autres plumes, d’autres clics engagés, nous tissons une toile plus solide. Une toile qui résiste.

C: Badal FOHMOH

En fin de compte, je ne peux que dire merci à l’ABC pour cet espace. Et merci à mes compagnons de veille – pour votre lumière dans ce labyrinthe d’écrans.

C: Badal FOHMOH

Avec esprit critique, Badal.


La tribune de l’histoire: le jazz ou le diaz ?

Ce soir, je prends ma plume avec beaucoup d’enthousiasme pour te parler du Jazz… Ou plutôt du diaz… Bref, des deux je crois…

Dis-moi, as-tu déjà entendu parlé du Jazz ? La musique ? Ah je m’en doutais bien, c’est un style assez populaire.

Mais attention ! Au Cameroun, si quelqu’un te parle de jazz, ne te précipite pas à penser à la musique. Ici, le jazz c’est aussi un plat. Plus précisément… du haricot. 🫘 😂

Pourquoi on appelle le haricot le jazz au Cameroun ?

Ce n’est pas le jazz, mais plutôt le DIAZ, 😅 et on l’appelle ainsi à cause d’un beignetariat (tourne-dos populaire dans les quartiers ) à Douala dans les années 80 qui avait reçu la visite d’un espagnol qui avait dit « Buenos diaz » à Ma’a Sara la vendeuse qui ne comprenait pas un mot d’espagnol. Du coup, elle lui a servi la commande classique: beignets de 50 francs, haricots de 25 francs et bouillie 25 francs (à l’époque). Tout est devenu cher aujourd’hui… Elle lui tendit le plat en disant Diaz. En dégustant le haricot, l’espagnol levait le pousse à tout moment et disait « Diaz » . 😂

Un plat de BHB avec du poulet. C: Badal FOHMOH

Et chaque matin, quand il revenait, il disait Diaz et prenait sa commande. 🤣 Voilà donc comment le haricot a hérité du second nom « Diaz » qui est resté dans le vocabulaire des camerounais et s’est répandu sur tout le territoire.

Quel complément pour le « diaz » ?

Ce midi, j’ai préparé du riz accompagné du haricot. Ou si tu veux, du Diaz. 😅 Et c’était délicieux.

Du riz avec du djazz, mon repas de ce jour: C: Badal FOHMOH

Je n’ai pas voulu attendre le 30 avril prochain, la journée internationale du Jazz… Jazz la musique pour parler du djazz.. le haricot. 😅 Je me suis dit qu’aujourd’hui est parfait pour rendre un hommage à ce succulent plat. 😋 Surtout qu’il était au menu ce midi.

Le jazz avec la mayonnaise ? Ça devient un concert de hard rock dans l’estomac.😅 Il y a même un verbe dédié: djazzer qui signifie manger du haricot accopagné de beignets et de bouillie dans un beignetariat… Le mythique BHB… 😂 Mais en réalité, le diaz/Djazz se mange avec tout: macabo, manioc, patate, plantain mûr ou spaghetti, même avec du bâton de manioc…

Le diazz avec du plantain mûr. C: Franck Amana (avec son consentement)

Je crois que tu devrais l’essayer et m’en dire plus. J’attends de tes nouvelles, mais prends bien soin de toi.

Avec tout mon appétit, Badal.


« Agents un peu trop secrets » ou le miroir de la société camerounaise ?

Annoncé en grande pompe sur Canal+, le troisième long métrage du réalisateur Frank Thierry Lea Malle fait ses beaux jours dans les salles… Sorti au cinéma le 14 mars dernier, cette comédie de 93 minutes ne laisse personne indifférent

Bien avant que Titi (le petit nom par lequel j’appelle le réalisateur, mon ami) n’en parle assez sur les réseaux sociaux, il le faisait déjà sur ses statuts WhatsApp. C’est là que j’ai su que la première sera uniquement à Yaoundé. Néanmoins, cela ne m’a pas empêché d’attendre la programmation du canal Olympia Bessengue de Douala.

Une photo de mon ticket ciné. C: Badal FOHMOH

L’histoire du film

Agents un peu trop secrets, c’est l’histoire de Joseph, un bon agent au sein de l’agence du patrimoine en charge de protéger les armoiries et autres objets précieux de la nation. Pour la septième fois qu’il est directeur par intérim et cette fois encore, ce n’est pas lui qui est confirmé au poste de directeur. Sept fois, c’est quand même trop, tu ne trouves pas ?

Déçu et en colère, il met en place un plan pour piéger le nouveau directeur (qui n’est personne d’autre que le beau-fils du ministre de la Culture) afin qu’il perde le plus important document de l’agence placé top secret : le titre foncier du pays. Donc, on peut vendre le pays et se départager l’argent ? 😂

Malheureusement, rien ne se passe comme Joseph l’avait prévu… Ce qui va suivre sera la résultante du fonctionnement d’une société que Lea Malle dépeint avec tact et humour.

Alors, pour éviter une telle situation, il réunit une équipe spéciale d’agents secrets… un peu trop même… 🤣

La bande-annonce du film. C: Frank Thierry Lea Malle (avec son consentement)

L’affiche du film

En affiche du film Agents un peu trop secrets, on retrouve des acteurs, web comédiens, stand-uppeurs et humoristes bien connus des scènes de spectacle et du cinéma camerounais et africain : Rigobert Tamwa (Just for fun) Joyce Sa’a (Les délires de Takam), Valery Ndongo (Canal comédie club), Frida Choco bronzé, Urbain Nyamsi, les Tiktokeurs Carlès Antonio et Delpiso Manga. Leur participation rend le film inoubliable. Je me suis bien marrée. 😂

L’affiche du film. C: inception arts &com (avec leur consentement)

Entre coupes budgétaires répétitives, conflits… Le film a tout d’un chef-d’œuvre. Au nom de l’art, de l’audace et du rire, Agents un peu trop secrets raconte avec humour les curiosités d’une société en proie aux défis identitaire et managérial. En un seul mot, il met à nu les fléaux et tares de la société camerounaise. Je ne sais pas si tu comprends ce que je dis… Tellement le pays est difficile, les camerounais disent toujours de « vendre le pays, le pays est un prank, le vrai Cameroun est quelque part »… Autant d’expressions qui me font affirmer sans risque de me tromper que Agents un peu trop secrets est le miroir de la société camerounaise.

Les leçons à retenir

La comédie est une pure description du Cameroun actuel. La première œuvre du réalisateur dans ce registre. J’y ai retenu 5 leçons de vie utiles :

#1- Suivez vos passions

Comme disait quelqu’un, rien de grand ne s’est accompli dans ce monde sans passion. La passion est le moteur de tes actions. Fais des choses parce que tu les aimes et non parce que tu n’as aucune autre issue.

#2- La compétence ne prime pas toujours, sache-le

Au-delà de tes aptitudes, construis-toi un réseau. Un bon réseau est un nid important.

#3- Sois concentré en toute chose

Même dans la démotivation, reste focus. Cela te sera utile pour la suite.

#4- Sois Stratège

Évalues toutes les possibilités avant de te prononcer sur un sujet.

#5- Pense collectif

Cette attitude te sauvera quand tu t’y attendras le moins.

Mon commentaire

Le casting qui rassemble plusieurs profils a permis à Agents un peu trop secrets d’être un film inoubliable à mon goût. 😂

Rigobert Tamwa détonne dans la peau du mari et employer qui essuie des déconvenues au fil des ans, mais parvient quand même à garder son engagement à servir sa nation. Un amour patriotique qu’il partage avec sa fidèle et imperturbable assistante Maria (Joys Sa’a), mais également avec Tagne (Delpiso Manga) et Onkel (Carlès Antonio) ses co-agents maladroits mais guillerets, dotés d’un enthousiasme débordant. Le jeu épatant de ce duo m’a énormément conforté dans leur aisance hilarante. Que dire du phénoménal Gustave (Urbain Nyamsi). Droit dans son jeu de gendre incapable du ministre, il offre au film l’une de ses séquences les plus réussies. C’est d’ailleurs ma révélation du film, c’est dans ce film que je le découvre.

Ce casting sur mesure fait la fierté du réalisateur qui se retrouve à diriger certains de ses idoles de jeunesse.

« Eshu a bercé mon enfance en tant que jeune cinéphile. »

Avoue Frank Thierry Lea Malle

Un peu comme Valery Ndongo dont il apprécie, depuis des années, les sketchs de stand-up. Rompu à l’humour, il interprète, de façon assez banale, le rôle du ministre très poussé sur le favoritisme et l’abus de pouvoir…

Le propos, les décors, la mise en scène et la musique de Agents un peu trop secrets parlent et respirent art et culture. J’ai kiffé et j’ai aussi réalisé que mener le combat pour la sauvegarde et la promotion du patrimoine culturel, cache en amont la problématique du statut de l’artiste. L’appel à la mise sur pied de ce statut se lit sur certains décors. Le spectateur est appelé à une grande vigilance. Le film semble proposer autant de messages interpellatifs que de décors. Une manière poétique de passer le message. De raconter son histoire. Car même si Agents un peu trop secrets ne brille pas en propositions et originalité de plans, il séduit par sa démarche poétique à présenter ses personnages.

Cette scène de la salle de sport, qui peut paraitre banale, filme avec dextérité les courbes de la coach sans heurter les sensibilités. La séquence de danse magnifiquement rendue, du nouveau directeur dans son bureau. L’artistique propose un choix musical intelligent qui se refuse de heurter l’ouïe. La mise en scène réussit même à convoquer un véritable moment émotif rempli de nostalgie, avec l’interprétation de la bande originale du feuilleton camerounais à succès, L’Orphelin. Composée par le regretté Abdou Benito. Première série à être diffusée à la télévision nationale, dans les années 90, réalisée par Ndamba Eboa. Un autre clin d’œil du réalisateur aux œuvres qui ont rythmé son enfance.

Empreinte locale, références mondiales, Lea Malle emprunte (fait qui lui est coutumier) largement dans le langage argotique local pour marquer l’identité de ses dialogues. « Tombo-tombo bis kalaba » pour désigner une sorte de tirage au sort, « Zam-zam » pour parler d’une personne un peu fofolle, ou encore « Ngniè » qui équivaut à « policier ». Pareil avec les décors et attitudes, identifiant fortement la communauté camerounaise. L’Avenue Kennedy, cette célèbre place située en plein cœur de Yaoundé, réputée autant pour son insécurité, que pour sa capacité à vous fournir n’importe quel article ou expert, un moment beignet-haricot-bouillie (BHB) : le petit déjeuner incontournable de la majeure partie des camerounais.

Tourne-dos de BHB. C: Badal FOHMOH

Le film garde son empreinte, mais parle et s’ouvre au monde. Il n’hésite d’ailleurs pas à se référer à quelques classiques cinéma notamment la saga James Bond. Avec l’agent Q, représenté par Mme Bona (Frida Choco Bronze), la responsable du laboratoire. L’auteur se plait aussi à reproduire ces scènes légendaires, visant à reconstituer la bande d’amis pour une nouvelle mission. À la Fast and Furious par exemple, 😅 les Agents un peu trop secrets forment une clique assez atypique, qui inclue le citoyen lambda. Comme pour dire que le développement et le bien-être d’un pays, c’est une affaire de tous et de chacun. Dommage que dans le film, la population (les jeunes en majorité) souhaitent vendre le pays et se partager équitablement les fonds. J’ai crié dans la salle quand ils l’on dit… 😂😂

C’est une phrase alimentée il y a quelques années sur les réseaux sociaux, elle n’est donc pas une pure invention du réalisateur. En se saisissant de ce paradigme, le film fait écho, au passage, des multiples plaintes sur la non-équitabilité dans la distribution des biens de l’État. Il questionne également, d’un autre côté, les motivations des uns et des autres à vouloir que le pays soit vendu. Motivations parfois portées par des frustrations personnelles… Les mouvements déséquilibrés de la caméra sur plusieurs prises, effets spéciaux pas très réussis, peuvent gripper le rendu.

Les jeunes nettoyeurs qui veulent vendre le pays. C: Badal FOHMOH

Agents un peu trop secrets est une cavalcade de détails. On a l’impression que chaque scène est un film. Une démarche tout à l’honneur de ce jeune réalisateur talentueux. Qui, bien qu’étant à son troisième long métrage, a peiné à boucler la production de son film. Une production indépendante de Inception art­ and com, avec la participation de TV5 Monde et Canal+.

Plus qu’un film, Agents un peu trop secrets est un projet populaire qui ambitionne de ramener le public camerounais en salle. Et c’est tant mieux. Car Agents un peu trop secrets est un film à voir. Et à revoir, je te le recommande. Bien sûr, je n’ai pas manqué d’immortaliser ma photo avec le réalisateur à la fin du film. 🥰

Le réalisateur et moi. C: Un cinéphile/Badal FOHMOH

Avec toute ma satisfaction, Badal.


Poisson d’avril : un contraste entre les époques

Avril, symbole du printemps en Europe, début de la saison pluvieuse en Afrique… Avril, hier et aujourd’hui, un réel contraste en innocence et manipulation…

Nous sommes en avril et je reviens dans cette mini chronique, sur les poissons d’avril d’antan en comparaison avec ceux d’aujourd’hui, où l’humour se mêle désormais à la manipulation et aux Fake news. Tu sais, le mois d’avril est très souvent l’occasion de jouer à mentir. 😅Tu t’entends lire ? 😅 Jouer à mentir comment ? 😅 Moi-même je wanda (une façon typiquement Camerounaise de manifester sa surprise en paroles). Et pour cause, tout ce mois fait l’objet de « POISSON D’AVRIL ».

L’origine de l’expression

L’origine du terme « Poisson d’avril » est incertaine, mais il existe plusieurs théories:

– La théorie du calendrier stipule qu’avant la réforme du calendrier en 1562, le 1er avril était considéré comme le premier jour de l’année. Les poissons étaient un symbole de l’abondance et de la fertilité, associés au renouveau printanier.

– La théorie de la pêche suggère pour sa part que le terme « Poisson d’avril » vient de la tradition de la pêche au poisson en avril, lorsque les poissons remontaient les rivières pour frayer.

– Enfin la théorie de la farce, la plus répandue, propose que le terme « Poisson d’avril » vient de la tradition de jouer des tours et de faire des farces le 1er avril, en associant le poisson à l’idée de « mordre à l’hameçon ».

Ainsi, le Poisson d’avril est une tradition qui consiste à jouer des tours et à faire des farces à ses amis et à sa famille le 1er avril., voire tout le mois d’avril. Le but est de créer une surprise amusante et de faire rire les autres. Le Poisson d’avril peut également symboliser : l’abondance et la fertilité, symbolisant le renouveau de la nature au printemps en Europe. En principe, le Poisson d’avril encourage la créativité et l’humour, en invitant les gens à créer des farces et des tours amusants.

« Le poisson d’avril » aujourd’hui

De nos jours, il s’est tellement répandu dans notre quotidien au point de donner lieu à des Fake news à n’en plus finir. Vu la prolifération du mensonge aujourd’hui, c’est à croire que l’on ment comme l’on respire. Reste donc éveillé et prudent pour ne pas être victime des poissons d’avril qui se sont mués en poissons d’année et qui pullulent dans nos faits et gestes mais surtout dans nos paroles et nous valent tant de casseroles.

Je te demande de rester éveillé parce qu’aujourd’hui, se célèbrent deux journées mondiales importantes: le 2 avril est journée mondiale de sensibilisation à l’autisme mais aussi, journée internationale du factcheking.

Et ceci n’est pas un « poisson d’avril ». 😅

Avec toutes mes amitiés, Badal !

C:Badal FOHMOH

À lire aussi : Ma passion va me tuer


La sexualité à l’ère du numérique

Il y a quelques jours, je suis involontairement tombée sur une vidéo qui parlait sexualité. Ce qui a le plus attiré mon attention, c’est la liberté avec laquelle la personne en parlait. Plus encore, dans une vidéo. Et depuis lors, je ne cesse de m’interroge sur l’éducation sexuelle 2.0

Déjà, il faudrait avoir vécu sur une autre planète toutes ces dernières années pour ne pas avoir remarqué que les réseaux sociaux prennent de plus en plus une place prépondérante dans nos sociétés dites « modernes ». Que ce soit pour échanger, communiquer ou s’informer, les Facebook, X, Instagram et autres Youtube nous donnent de nombreuses options.

Si l’actualité, le divertissement, le japap (Kongossa) et le sport sont des sujets incontournables sur ces réseaux, il y a un qui est plus discret : l’éducation sexuelle. Il n’est cependant pas inexistant et constitue même pour certains une activité à temps plein.

L’education sexuelle 2.0

Aujourd’hui, le numérique transforme notre monde de multiples façons, et l’éducation sexuelle ne fait pas ou plus l’exception. Les jeunes et les adolescents ont désormais accès à une mine d’informations en ligne. Cela leur offre un boulevard d’opportunité pour mieux comprendre leurs droits en matière de santé sexuelle et reproductive, mais aussi et surtout d’élargir leur curiosité. Avec cette révolution numérique, il existe non seulement des outils innovants pour apprendre et s’informer, mais surtout des soit disants « adultes-influenceurs » qui banalisent le sexe à longueur de journée sur le meta. Ceci, tout en garantissant une accessibilité et une confidentialité sans précédent.

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Entre tradition et modernisme

Toujours dispensée à l’école, l’éducation sexuelle a ses limites. Car les cours peuvent être incomplets, biaisés ou tout simplement embarrassants pour les élèves. Grâce à Internet, les jeunes ont accès à une éducation sexuelle 2.0. Les plateformes en ligne, les vidéos éducatives et les forums interactifs permettent d’aborder des sujets variés de manière plus détaillée. De plus, chacun peut apprendre à son propre rythme, revenir sur les informations importantes et approfondir les sujets qui l’intéressent le plus.

Les applications mobiles telles qu’Enabel sont également une ressource précieuse. Elles proposent des quiz interactifs, des articles et des conseils personnalisés. Elles facilitent l’accès à des informations fiables, validées par des experts en santé sexuelle. Avec ces outils, les jeunes sont mieux préparés pour prendre des décisions éclairées concernant leur santé et leurs droits.

Mine de rien, je m’interroge surtout parce que l’avènement des réseaux sociaux est venu briser « le mythe » de la sexualité. Je ne parle pas de son caractère tabou mais du mythe. Aujourd’hui, des adolescents de moins de 16 ans en savent sur le sexe mieux ou plus qu’un adulte de 34 ans…

L’accès universel des outils

L’un des plus grands avantages d’Internet est l’accès universel qu’il offre. Peu importe où une personne se trouve, tant qu’elle a une connexion internet, elle peut accéder à une multitude de ressources en matière de santé sexuelle et reproductive. Les sites web éducatifs, les blogs et les réseaux sociaux sont à portée de main. Par conséquent, en un clic, toute personne pourrait retrouver des sujets souvent négligés dans les programmes scolaires.

Par ailleurs, l’accès universel est particulièrement bénéfique pour les jeunes vivant dans des régions où l’éducation sexuelle est limitée ou inexistante. Conséquemment, les plateformes numériques comblent ce vide en fournissant des informations essentielles sur les droits sexuels, les méthodes contraceptives, les infections sexuellement transmissibles et bien plus encore. De plus, elles sont souvent disponibles dans plusieurs langues, rendant l’information accessible à un public global.

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La confidentialité dans l’éducation sexuelle 2.0

La confidentialité occupe une place de choix lorsqu’il s’agit d’éducation sexuelle. Surtout celle 2.0. Beaucoup de jeunes hésitent à poser des questions ou à chercher des informations par peur du jugement ou des répercussions. Internet offre un espace sûr et anonyme où on peut poser des questions et des préoccupations sans se soucier de l’opinion des autres.

Les forums en ligne et les chats anonymes permettent de discuter librement avec des pairs ou des experts. Tout d’abord, les réponses sont honnêtes et sans jugement. Ensuite, les applications et sites web garantissent souvent la confidentialité des données. Ainsi, les utilisateurs se sentiraient plus en sécurité lorsqu’ils cherchent des informations personnelles.

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Mon avis

Les réseaux sociaux sont une source d’informations inépuisable, particulièrement prisée des adolescents qui y sont très présents. Également utilisés par certains créateurs et créatrices de contenus comme des espaces de partage, tu peux y trouver de nombreuses ressources sur l’actualité, la politique, la vulgarisation scientifique, mais également d’autres sujets peut-être plus inattendus, tels que l’éducation à la sexualité. L’éducation à la sexualité en salle de classe, quel est véritablement le problème ? Ça, c’est une question à un million de dollars. 😅

Sincèrement, je crois que l’éducation sexuelle enseignée dans les écoles doit être revue. Non seulement en contenus mais également en formats. Parce qu’avec Internet et l’émancipation des jeunes, se limiter à la méthode traditionnelle pousse certains jeunes à aller sur le net pour en savoir davantage.

Surtout que chez nous, le sexe est toujours perçu comme un sujet tabou. La cerise sur le gâteau, l’accessibilité des ordinateurs, dans une société en manque de répères, vient intensifier la banalisation d’un sujet aussi important que l’éducation sexuelle. Si les sujets abordés sont sérieux, le ton reste en effet léger et la bonne humeur communicative des créateurs et créatrices de contenu permet de décomplexer les jeunes internautes pour qui la sexualité peut être un sujet tabou.

C: Badal FOHMOH

En fin de compte, combien de parents parlent même de sexualité avec leurs enfants à la maison ? Combien contrôlent les contenus que leurs enfants consomment au quotidien ? Peut-être tout part même de là…

Avec toute ma curiosité, Badal.