Mon regard sur la désinformation au Cameroun

Article : Mon regard sur la désinformation au Cameroun
Crédit: Pixabay
7 mai 2025

Mon regard sur la désinformation au Cameroun

Nous sommes en mai. C’est le mois du travail. Étant native de ce mois, je suis donc une travailleuse, 😅 et pas des moindres. En tant que blogueuse fact-checkeuse, le travail double, voire triple…

Sais-tu pourquoi ? Simplement parce que les fausses nouvelles se propagent plus vite qu’une réussite. Encore plus à quelques mois des élections. Et derrière tous ces écrans, se trouvent des vérités piégées… Bref, dans ce nouveau billet, je partage avec toi ce que m’a appris ma participation au webinaire sur la désinformation dans mon pays, le Cameroun.

Tu sais, il y a des invitations qui ne laissent pas indifférente. En tant que membre active et prolifique de l’Association des Blogueurs du Cameroun, et faisant partie de la commission fact-cheking, nous avons entrepris sous la coordination de Donald Tchiengue, de mettre sur pied une plateforme qui nous est propre. Et sur laquelle nous travaillerons à lutter contre la désinformation et les discours de haine. Pour la première activité, j’ai été conviée à intervenir, vendredi dernier, lors du webinaire sur le thème: « Panorama sur les stratégies de désinformation en cours au Cameroun : un jeu politique à risque ».

À l’annonce de l’activité, nous étions censés proposer des intervenants. 😅 Tu sais pourquoi je ris ? Justement parce que je me rappelle que j’avais suggéré des gens, sauf moi-même. 😂 Heureusement, Salomon Garaobe a insisté sur le fait que je devrais y prendre part. Tout le monde suit mon actualité et voit mes actions avec mon association Class Pro… J’ai donc été officiellement invitée.

C: Association des blogueurs du Cameroun (Avec son consentement)

En l’acceptant, je savais que ce ne serait pas une simple conversation. Mais, une plongée en eaux troubles. Et j’y suis allée, le cœur lucide et la parole prête.

Un webinaire sur la désinformation avec des spécialistes

J’y ai pris aux côtés d’autres passionnés de vérité: fact-checkers, des veilleurs, des visages familiers dans nos cercles d’engagement. Des voix souvent discrètes mais puissantes qui scrutent, analysent, et remettent en question. Des personnes que j’admire pour leur rigueur, leur vigilance et leur calme face à l’agitation numérique. Ensemble, nous avons tenté de poser des mots clairs sur un phénomène qui ne l’est pas: la désinformation. Nous avons tour à tour essayer de mettre en lumière ce qui, souvent, reste tapi dans l’ombre: les mécanismes de la désinformation orchestrée.

Ce soir-là, il ne s’agissait pas seulement de constater. Il était question de comprendre. Et de transmettre. Nous avons également parcouru les acteurs, les objectifs et les conséquences de cette désinformation volontaire. Nos rôles de fact-checkers, professionnels de l’information, blogueurs, créateurs de contenu ont été revu. Et l’éducation aux médias et à l’information a été proposée comme alternative sûre pour renforcer cette lutte et aiguiser les esprits.

Mon avis après cette discussion

Ce qui m’a marquée pendant ce moment d’échange, c’est à quel point les fausses nouvelles ont tissé leur toile dans notre quotidien. Ce n’est plus seulement une affaire d’erreurs ou de négligence. Non. Au Cameroun, comme ailleurs, la désinformation devient parfois un outil politique, un levier de manipulation, une arme silencieuse qui divise, radicalise, affaiblit. En écoutant les autres intervenants – chacun avec son vécu, ses enquêtes, ses indignations – j’ai repensé à toutes ces fois où, en tant que blogueuse, j’ai dû faire pause. Revenir aux sources. Croiser les faits. Interroger mes certitudes. Car être blogueuse aujourd’hui, ce n’est pas simplement publier : c’est résister à l’embellissement, au raccourci, à l’emballement.

Ce webinaire m’a rappelée à mon engagement. Celui d’écrire en conscience, de ne pas céder à la facilité du buzz, de toujours vérifier avant de diffuser. Mais aussi, de partager ce savoir, de transmettre des outils de lecture critique à celles et ceux qui me lisent. Car au fond, ce n’est pas juste une affaire des fact-checkers, chaque citoyen peut devenir gardien de la vérité.

Ce que nous avons partagé, ce n’est pas un savoir théorique, encore moins des vérités figées. C’est un constat, un vécu, fait d’heures passées à démêler les fils embrouillés, à recouper des sources, à remettre en question des narratifs séduisants mais trompeurs. Nous avons parlé des fausses images, des vidéos sorties de leur contexte, des titres sensationnels… Mais surtout, nous avons souligné le plus dangereux : quand la désinformation devient une stratégie politique délibérée, un levier pour polariser, détourner, fragiliser.

Aussi, parler de tout cela, dans cet espace d’écoute, de réflexion et de partage, nous a fait du bien. À moi surtout, cela m’a fait beaucoup de bien. C’était comme si, pour un instant, nos fatigues numériques trouvaient un écho, une reconnaissance. Parce que oui, fact-checker, c’est souvent solitaire, ingrat, invisible. Mais c’est essentiel. Intervenir lors de ce webinaire m’a surtout rappelé pourquoi je me bats pour une éducation critique aux médias. Parce que face aux discours biaisés, à l’infox présente, il nous faut former des esprits qui questionnent, qui doutent, qui cherchent. Et ça commence dès maintenant, par des partages, sur nos timelines, dans nos maisons, notre entourage, notre communauté…

Je suis ressortie de cette discussion encore inquiète – tant le terrain est glissant – mais aussi avec une conviction renforcée : ce combat-là est collectif. Et il se gagne à plusieurs, en tissant des réseaux de vigilance, de partage, de lucidité. Ce n’est pas toujours glorieux. Mais c’est, je crois, profondément utile. Parce qu’ensemble, avec d’autres voix, d’autres plumes, d’autres clics engagés, nous tissons une toile plus solide. Une toile qui résiste.

C: Badal FOHMOH

En fin de compte, je ne peux que dire merci à l’ABC pour cet espace. Et merci à mes compagnons de veille – pour votre lumière dans ce labyrinthe d’écrans.

C: Badal FOHMOH

Avec esprit critique, Badal.

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