Financer l’Afrique que nous voulons : carnet de bord d’un atelier stratégique à Douala
Du 17 au 21 juin 2025, j’ai assisté à un atelier à Douala qui, sous ses airs techniques, portait en creux une ambition immense : celle de faire de la finance un moteur de souveraineté économique pour les PME camerounaises, dans le cadre de la Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAF)
Ayant reçu l’invitation la veille, j’y suis allée et j’étais à l’heure. C’était bien plus qu’un simple séminaire. C’était une tentative concrète de réconcilier l’Afrique avec elle-même. Une volonté affirmée de construire une économie qui ne se contente plus de subir les chocs (sanitaires, climatiques, géopolitiques), mais qui anticipe, innove et s’étend au-delà des frontières.Une résilience pensée pour les PME.
Depuis la pandémie de COVID-19, une évidence s’est imposée : notre économie doit apprendre à se relever, vite et mieux. Le gouvernement du Cameroun, avec l’appui du PNUD et de la BADEA, a donc lancé le projet ONSP-CMRP. L’enjeu ? Renforcer la compétitivité des entreprises locales, surtout les PME, et leur donner accès à des financements adaptés, en particulier pour les jeunes et les femmes entrepreneures.L’atelier de Douala s’inscrivait dans le cadre du quatrième axe de ce projet : faciliter l’accès des PME aux produits et services financiers innovants. Et c’est là que tout s’est joué.

Un cadre continental, une volonté locale
Depuis 2019, le Cameroun a élaboré une stratégie nationale pour mettre en œuvre la ZLECAF. Le rêve est beau : un marché unique africain où les biens, les services et les idées circulent librement. Mais dans la réalité, tout repose sur un mot-clé : l’accompagnement. Derrière les sigles et les réformes, il y a des institutions financières qui doivent comprendre, s’adapter et oser. Comprendre les nouvelles normes, s’adapter aux besoins d’un commerce transfrontalier, oser créer des produits financiers sur mesure. Ce n’est pas une mince affaire. L’atelier visait précisément cela : permettre à ces institutions, banques, microfinances, assurances de se préparer à jouer pleinement leur rôle.
Ce que j’ai vu, ce que j’ai ressenti
Durant ces heures, entre les interventions d’experts, les cas pratiques et les panels croisés, quelque chose s’est passé. Un frémissement, des certitudes qui vacillent, des idées qui émergent. J’ai vu des acteurs du secteur financier poser des questions sincères : « Comment intégrer les femmes commerçantes du marché central dans la dynamique ZLECAF ? », « Que manque-t-il à nos produits pour qu’ils franchissent les frontières ? ». J’ai entendu des mots que l’on n’associe pas toujours à la finance : inclusion, proximité, souveraineté. Et j’ai aussi compris que cette transition ne se fera pas sans pédagogie, sans formation, sans dialogue. Car l’intégration économique de l’Afrique n’est pas qu’un enjeu de macroéconomie, c’est une affaire de volontés locales, de PME rurales, de douaniers éclairés, de responsables de crédits réactifs.
Une finance qui n’exclut pas
Ce que l’atelier a semé, c’est l’idée que la finance peut être un levier d’émancipation. Que les certificats d’origine, les normes africaines, les produits d’assurance régionaux ne sont pas que des obligations, mais des opportunités. Que nos institutions peuvent inventer des outils adaptés aux réalités africaines, aux rythmes des petits producteurs, aux rêves des jeunes entrepreneurs. Et si la ZLECAF devenait cela : un espace où les marges trouvent leur place, où les voix locales nourrissent la grande partition économique du continent ?
Des résultats à suivre, des actions à prolonger
L’atelier a permis aux participants de s’approprier les défis de la stratégie nationale sur la ZLECAF, d’identifier des produits financiers mieux adaptés au commerce intra-africain, de dresser une ébauche de feuilles de route concrètes pour l’intégration régionale, et de formuler des recommandations pour une offre financière plus inclusive. Mais il ne faut pas s’arrêter là. Ce travail doit vivre dans les comités de crédit, dans les bureaux de financement, dans les conseils d’administration des banques. Il doit nourrir les politiques publiques et les pratiques privées.

Et maintenant ? Je suis repartie de cet atelier convaincue d’une chose : l’Afrique peut écrire ses propres règles du jeu économique. Mais pour cela, elle a besoin de confiance. Et cette confiance se bâtit, séance après séance, décision après décision. Ce que j’ai compris, ce n’était pas qu’un moment d’apprentissage. C’était un rappel., un appel. Celui de toute une génération d’acteurs économiques, financiers, sociaux, qui veulent croire que financer l’Afrique, ce n’est pas la brider, mais la libérer.
Qu’en penses-tu ?
Avec toute ma motivation, Badal.