Cinémathèque Afrique au Cameroun : à la reconquête des publics du cinéma
J’ai pris part hier, 10 juin 2025, à une conférence de presse tenue à l’institut français du cameroun (Douala), sur le thème: sauvegarde de l’héritage cinématographique africain : enjeux et perspectives de restauration, d’archivage et de valorisation des films
J’ai été invitée à représenter l’association des blogueurs du Cameroun (ABC) à cette conference. Toujours ponctuelle, j’avais hâte de vivre ce moment d’échange passionnant.


En parcourant le dossier de presse, j’ai ete très émue de constater que la magie du grand écran s’invite sous les étoiles au Cameroun. Du 10 au 14 juin 2025, la Cinémathèque Afrique s’installe dans plusieurs villes du pays à travers des projections en plein air, des échanges, des débats et des hommages à la richesse du cinéma africain. Soutenue par l’Institut français du Cameroun (IFC) en partenariat avec le Cinéma Numérique Ambulant (CNA), ce programme inédit entend raviver la flamme du 7e art en allant à la rencontre des publics et en valorisant les patrimoines filmés du continent.
Un projet pour créer (ou recréer) un public du cinéma
Dans son mot d’introduction, la direction de l’Institut français du Cameroun, représentée par sa responsable nationale des partenariats, Paloma Tchummegni, a insisté sur l’ambition de redonner au cinéma toute sa place dans l’espace public et dans les imaginaires. Grâce à une programmation itinérante et accessible, l’objectif est clair : « former une culture de spectateurs », notamment chez les jeunes, susciter des vocations, renforcer la mise en réseau des professionnel·les du secteur, et créer une dynamique durable autour du cinéma camerounais et africain.
Le cinéma, un art pour tous
Stéphanie Dongmo, présidente du CNA, a présenté la démarche inclusive du projet :
« Ce programme s’adresse aux populations locales. Nous travaillons en étroite collaboration avec les autorités administratives, traditionnelles, associations de jeunes, groupes de femmes… pour une appropriation locale du projet. »
Stéphanie Dongmo, présidente du CNA,
En tant que cheville ouvrière du projet, elle a souligné l’importance du plein air comme espace démocratique :
“Même si une séance en salle est gratuite, elle reste entre quatre murs. En plein air, tout le monde peut s’arrêter, s’asseoir, regarder, découvrir.”
Stéphanie Dongmo, présidente du CNA
Chaque soirée comprend la projection de deux ou trois films, suivie d’un débat animé par des professionnel·les du cinéma et de la culture, autour de thèmes comme tradition et modernité, les rêves de la jeunesse africaine, l’amour et les classes sociales, ou encore les enjeux de l’animation africaine.

Une tournée cinématographique au goût de patrimoine
Dibombari, Douala, Krib : chaque étape de la tournée présente des œuvres majeures issues du catalogue de la Cinémathèque Afrique. Parmi elles : Ballet poussière d’Henri Duparc, Ballon d’Or de Cheick Doukouré, La Vie est belle de Mwezé Ngangura et Benoît Lamy, ou encore Turbulences de Daniel Kamwa. Ces films emblématiques dialoguent avec le présent et les aspirations des publics d’aujourd’hui, dans une atmosphère festive et conviviale.
C’est bien du cinéma de proximité, en plein air et pour tous… Les séances se déroulent en soirée, dès 17h, avec un objectif clair : rendre le cinéma accessible à toutes et tous, y compris à celles et ceux qui n’oseraient pas franchir les portes d’une salle, même gratuite.
Durant chaque étape, deux à trois films sont proposés par soirée, offrant ainsi aux spectateurs une expérience immersive dans la richesse du cinéma africain : longs métrages, documentaires et films d’animation issus du catalogue de la Cinémathèque Afrique.
Une programmation cinéphile et réflexive
Le programme s’étale sur plusieurs jours : hier mardi à Dibombari : il y a eu projection du film culte Bal poussière de Henri Duparc. Aujourd’hui à Douala (quartier Village, lieu-dit Boko plage) : Le Ballon d’or de Cheik Doukouré, une œuvre sur les rêves de jeunesse. Jeudi à Kribi (quartier Afanabé) : La vie est belle de Mwezé Ngangura avec Papa Wemba. Vendredi à la plage de Kribi : Turbulences de Daniel Kamwa, soirée dédiée au cinéma d’animation.
Chaque projection est suivie d’un débat animé par des professionnels issus du cinéma, de la culture ou de la critique. Les organisateurs insistent sur l’importance de la présence des pouvoirs publics dans ces échanges.

Enfin, ce qui m’a bien plu c’est qu’une voix du public a interpellé les autorités sur l’absence de politique structurée du cinéma au Cameroun, dénonçant une impression de navigation à vue, malgré les efforts isolés d’acteurs privés. Une invitation à plus de coordination, de vision et de soutien étatique pour bâtir une véritable industrie cinématographique.
C’est donc une réelle dynamique inclusive et participative car le projet se veut profondément ancré dans les territoires, avec une démarche d’appropriation par les communautés locales : autorités traditionnelles, associations de jeunes, groupes de femmes… Le cinéma devient ici un vecteur de lien social et de dialogue…. Car l’avenir du cinéma africain se joue aussi dans sa capacité à structurer un écosystème où publics, créateurs, pouvoirs publics et partenaires avancent ensemble.

La Cinémathèque Afrique au Cameroun est plus qu’une tournée de projections : c’est une déclaration d’amour au cinéma africain, à ses mémoires, à ses talents, à ses publics. Un voyage à la fois nostalgique et prospectif, où chaque image projetée devient une invitation à rêver, à penser, à se réapproprier le patrimoine culturel du continent… Et une belle promesse pour le cinéma africain.
On se reparle bientôt, Badal.